“Le réveil des eaux” – 

François Fabié

Il dort en ce moment dans sa conque glacée,

L’étang qui fait tourner le moulin paternel,

Comme un cœur sans amour, comme un front sans pensée,

Comme un œil qu’emplirait le sommeil éternel.

On n’entends même point le clapotis d’eau vive

Qui, nuit et jour, faisait la gaîté du vallon;

Le flot n’écume plus sur la roue inactive

Et la cascade porte une chape de plomb…

Mais sitôt que l’autant par dessus les Cévennes

Portera jusqu’à nous le souffle des flots bleus,

Les ruisseaux bondiront, comme le sang aux veines,

Et l’étang sourira sous les côteaux frileux;

Et de nouveau pourront se mirer dans son onde

Les pâles noisetiers ouvrant leurs frais bourgeons,

Et le saule penchant sa chevelure blonde

Jusqu’au fin sable d’or où dorment les goujons.

[…]

Ma Maison” – François Fabié

Face au midi, bien adossé

A l’ancien étang féodal

Dont elle épaule la chaussée,

Elle fut le moulin banal

[…]

Moudre, au tic tac vieillot et grêle

D’un mécanisme trébuchant,

Tout ce que la dîme ou la grêle

Laissaient de seigle sur leur champ…

[…]

C’est là ma maison paternelle,

C’est là le nid qui m’a bercé:

Que ne puis-je y ployer mon aile

Et n’y vivre que du passé ?